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« Mémoires d'ici » propose des transcriptions de panneaux historiques et culturels situés à différents endroits d'Annecy.

Troisième transcription d'un article de la série « Histoires d'eaux », qui nous parle des lavoirs en plein air et des bains-douches publics, à une époque (pas si lointaine) où l'eau domestique n'était pas encore dans tous les foyers de la ville...


Histoires d'eaux | Eaux publiques pour activités privées

Dans le courant des années 1950, on pouvait voir des lavandières s'activer sur les rives des canaux et, jusqu'en 2000, les Annéciens disposaient de bains-douches publics. L'équipement sanitaire privé s'étant généralisé à l'aube des années 1980, la lessive et la toilette qui se déroulaient collectivement dans le milieu naturel ou au sein d'établissements spécialisés ont intégré l'intimité du foyer.

Laver son linge sale en plein air

Les lavoirs annéciens étaient extrêmement sommaires et inconfortables, rien n'était prévu pour adoucir le rude travail des utilisatrices. En 1876, la Ville mettait à leur disposition 20 escaliers-lavoirs, 8 emplacements dont 3 couverts d'une toiture mais ouverts à tous les vents et une rampe répartis sur l'ensemble des canaux.
La commission sanitaire, envoyée par le ministre de la guerre en 1904, a été désagréablement surprise par le déplorable état des canaux et stupéfaite de trouver des lavoirs installés dans cette « dilection de matière fécale ».
En 1884, il est question d'établir un établissement digne de ce nom en lieu et place du Palais de l'Île qu'on envisage de démolir ; au rez-de-chaussée prendrait place un grand bassin de lavage et à l'étage une pièce pour le séchage du linge. Mais ce n'est qu'en 1934 que les autorités municipales confient à la Société d'entreprises municipales la construction et la gestion d'un établissement installé rue de la Gare (au niveau du quartier de la Manufacture) qui, outre 52 places de laveuses à 2 baquets et une buanderie mécanique, abritait des bains-douches.


Au temps des bains-douches publics

L'eau courante a gagné les étages des immeubles à partir de 1910. Pourtant, en 1968, seuls 78 % des ménages annéciens disposaient d'une salle d'eau. Nos ancêtres fréquentaient donc, plus ou moins régulièrement, des établissements de bains publics. Les Annéciens du Moyen-âge aimaient à se rendre dans les étuves, installées l'une sur les bords du Thiou et l'autre, mal famée, au faubourg de Boutz/Bœuf. Mais avec les grandes épidémies et sous l'influence moralisatrice de la Contre-Réforme, les étuves tombent en disgrâce.
Un établissement de bains privé est signalé au 10, rue des Boucheries (actuelle rue de la République, au débouché du passage des Bains) et semble avoir fonctionné jusqu'en 1893. Celui de la rue Vaugelas lui succède de 1894 aux années 1970. Quand à l'administration municipale, hormis la tentative avortée du Palais de l'Isle, elle a examiné sérieusement, vers 1909-1911, un projet qui devait prendre place dans le square de l'Évêché. C'est finalement l'option de la rue de la Gare, que nous avons évoqué plus haut, qui a vu le jour et offert ses services aux habitants dépourvus de commodités jusqu'en 1969.


Appendice 1

En 1860, les lavandières ne disposent que de trois lavoirs couverts, conçus dans les années 1830 par les architectes Ruphy et Boch.

Le premier de ces « lavages » est placé en aval du pont du Collège (rue du collège actuelle) sur le canal Saint-Dominique, le second est installé sur le Thiou, au-dessus de la culée gauche du pont Morens.

Pour aboutir au troisième, placé à l'extrémité du passage des Clercs, on a construit un pont en bois de chêne d'un mètre de largeur.

Le 12 juin 1878, le conseil municipal approuve le projet de l'architecte-voyer(1) Auguste Mangé de construction du quai et du lavoir des Cordeliers, dont la toiture repose sur douze colonnes en fonte.

illustration 1) Lavoirs couverts sur le Thiou quai des Cordeliers et passage des Clercs
cliché anonyme

Appendice 2

illustration 2) et couverture Ville d'Annecy, bains douches lavoir public, rue de la gare, février 1955
cliché Henri Odesser

En 1933, la Société d'entreprises municipales soumet à la Ville un projet de bains-douches et lavoirs, établi par l'architecte Florent Nanquette, qui comprend en ce qui concerne les bains : dix cabines avec baignoires, vingt-quatre cabines de douche, une salle de massage et de pédicure, l'hydrothérapie et le chauffage.

Ce projet est accepté à l'unanimité par le conseil municipal qui vient d'acquérir l'immeuble Belle, situé en bordure du Thiou, entre la rue de la Gare et le passage des Clercs (l'hôtel Ibis aujourd'hui). Ce bâtiment avait abrité « le Refuge », une œuvre de bienfaisance fondée en 1852 dans le but d'éduquer les jeunes filles pauvres. En 1854, on y accueille les orphelines puis les filles repenties. Fermée en 1882, un orphelinat pour filles est créé : « l'Orphelinat de Sacré-Cœur ».

La ville conclut avec la Société d'entreprises municipales un traité d'exploitation pour une durée de trente ans, mais cette dernière renonce en mai 1936 au bénéfice de cette concession. Le 10 juillet 1936, la Ville la loue à la SARL Touristique et balnéaire du lac d'Annecy, puis en 1948 au blanchisseur Robert Gras pour une durée de 12 ans renouvelable. Ces bains-douches sont démolis en 1969 pour laisser place au parking Sainte-Claire et à une partie du quartier de la Manufacture. Toutefois dans le cadre de l'aménagement du quartier, des bains-douches sont ouverts quai des Clarisses ; ils comportent 13 douches et 2 salles de bains. Ils ferment en 2000 faute de clients.


Appendice 3

Le vieil établissement de bains - situé passage des bains - à peine fermé, Eugène Dénarié crée en 1894, rue Vaugelas, des bains-douches qui affichent l'ambition d'offrir aux habitants comme aux touristes des conditions satisfaisantes de propreté, d'hygiène, de chauffage et d'éclairage.

En 1916, cet établissement est ouvert tous les jours en été et trois fois par semaine en hiver (vendredi, samedi, dimanche).

Il propose des bains ordinaires et sulfureux, des douches froides, à jets, en pluie et écossaises, des bains et douches sans serviette, avec deux serviettes et avec serviette et peignoir. Un rabais est consenti aux clients qui s'abonnent pour douze bains ou douches. En 1970, l'établissement appartient à la Société des bains d'Annecy.

illustration 3) Les bains-douches de la rue Vaugelas à Annecy, septembre 1978
cliché Henri Odesser

Un journaliste du Dauphiné Libéré nous apprend que « l'entrée dans le plus pur style de l'époque conduit à un hall parfumerie où débouchent les couloirs des 24 douches et salles de bains ».

En hiver, comme au début du siècle, ce n'est ouvert qu'à partir du vendredi jusqu'au dimanche. L'activité est concentrée le samedi après-midi et le dimanche matin. La clientèle essentiellement masculine, est constituée de travailleurs étrangers dont les logements ne sont dotés d'aucun confort. La majorité des clients prennent des douches. Pour 2,55 francs on a droit à vingt minutes sous la douche et pour 3,85 francs une demi-heure dans la baignoire.


Note :
  • (1) architecte-voyer : fonctionnaire territorial spécialiste, responsable sur le plan local des dossiers traitant des équipements, d'urbanisme (alignements des rues)...

Sources :
  • Bulletin municipal Annecy, mars-avril 2012,
  • « Annecy 1860-1918 l'album photos », Archives municipales de la ville d'Annecy,
  • « Histoires d'eaux, eaux publiques pour activités privés », Carnets d'Archives, Archives municipales d'Annecy.

permalien : //www.killeak.net/?section=17&view=2621

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mot(s) clé(s) : annecy, ville d'- haute-savoie hier et aujourd'hui palais de l'isle

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