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« Mémoires d'ici » propose des transcriptions de panneaux historiques et culturels situés à différents endroits d'Annecy.

Premier billet, avec la transcription de panneaux éphémères affichés lors des Journées européennes du patrimoine dans les couloirs du Conservatoire d'Art et d'Histoire...
Les panneaux, au nombre de 4, n'étant pas affichés dans le même ordre d'une année sur l'autre, parfois face à face, parfois côte à côte, il n'est pas évident de comprendre s'ils se répondent, se succèdent et/ou se complètent... Ils présentaient tant le bâtiment en lui-même que le fonds de la bibliothèque de l'ancien Grand Séminaire d'Annecy.
Je rajoute aussi à la fin un article plus récent, évoquant la prochaine transformation du bâtiment - une de plus...


La bibliothèque du Grand Séminaire

Le lieu

La bibliothèque du Grand Séminaire est située dans l'aile sud du Conservatoire d'Art et d'Histoire, au-dessus de l'ancienne chapelle. Riche de 60'000 ouvrages répartis sur deux étages, elle témoigne d'une longue histoire à la fois autonome et concomitante à celle du bâtiment.

Des premiers temps de son existence, on ne sait que peu de choses, si ce n'est qu'elle comportait quelques milliers d'ouvrages à la fin du XVIIIe siècle. En 1792, sur ordre de l'Assemblée des Allobroges qui confisque le séminaire comme bien national, un inventaire est dressé : on ne dénombre que 4'084 livres à la bibliothèque, stockés dans une grande salle au 2e étage au-dessus de la chapelle et dans un petit cabinet contigu.

Devenus biens nationaux et confiés à l'Hospice civil d'Annecy, les livres sont intégrés à la bibliothèque publique et déménagent dans un local de la maison de l'évêché jouxtant la cathédrale. Pour la plupart, ils sont encore aujourd'hui conservés à la médiathèque Bonlieu.

En 1823, à la suite de la Restauration Sarde [ndr : en 1815] et de la création du diocèse d'Annecy, le Grand Séminaire peut rouvrir. La bibliothèque, réinstallée au 2e étage mais privée de ses ouvrages, repart de zéro. Pourtant, quelques décennies plus tard, on en vient à manquer de place ; en effet, dons et acquisitions ont vite reconstitué le fonds. La bibliothèque fait alors l'objet de travaux d'agrandissement : le plancher séparant le 2e du 3e étage est supprimé au profit d'un balcon sur piliers en fonte et d'un escalier en colimaçon. Les livres sont dès lors rangés sur deux étages.

Avec la loi de séparation des Églises et de l'État en 1905, le séminaire est à nouveau mis sous séquestre, et la bibliothèque avec lui. Elle est même murée durant la Première Guerre Mondiale pour empêcher les dégradations des soldats stationnés à l'ancien séminaire. Les livres sont probablement restés sur place durant cette période.

En 1923, à la suite d'une décision de justice, la Bourse des Pauvres Clercs, fondation créée en 1675 pour aider les séminaristes modestes, est confirmée comme propriétaire légitime du séminaire et de la bibliothèque. Après un achat de livres à la bibliothèque publique qui permet le retour de quelques livres confisqués en 1792, le Grand Séminaire et la bibliothèque rouvrent leurs portes et ce, jusqu'à la fermeture du séminaire en 1970.

À la suite de la vente du bâtiment en 1973, la Bourse des Pauvres Clercs et le Conseil général de la Haute-Savoie signent une convention de dépôt pour les ouvrages de la bibliothèque. Aujourd'hui la conservation et la valorisation du site sont assurés par le Département.

La bibliothèque du Grand Séminaire © CG 74
La bibliothèque du Grand Séminaire © CG 74
La bibliothèque du Grand Séminaire © CG 74
illustrations 1, 2 et 3) La bibliothèque du Grand Séminaire et ses collections
clichés © CG74

Les collections

Propriété de la Bourse des Pauvres Clercs, la bibliothèque conserve aujourd'hui environ 60'000 livres de provenances diverses, que l'on peut souvent retracer par les ex-libris (marques de propriété).

Les premiers livres sont vraisemblablement arrivés avec les professeurs lazaristes (ex-libris congregationis missionis domus Anneciensis) pour les besoins de l'enseignement et ont très rapidement été complétés par un don important de près de mille ouvrages du fondateur même du Grand Séminaire, Jean d'Arenthon d'Alex. Son successeur à l'évêché de Genève-Annecy, Michel-Gabriel Rossillon de Bernex, fit également don de sa bibliothèque personnelle.

De la bibliothèque de cette période, il ne reste que peu d'éléments : les livres ont été confisqués à la Révolution et ont rejoint la bibliothèque publique d'Annecy.

Au cours du XIXe siècle, la bibliothèque se reconstitue progressivement et bénéficie de nouveaux dons : par le cardinal Gaspard Mermillod, évêque d'Hébron, et surtout par Claude-Marie Magnin, évêque d'Annecy (4'000 livres) et l'abbé Jean-Pierre Feige, alors bibliothécaire du Grand Séminaire (5'000 livres).

Les acquisitions se sont poursuivies au cours du XXe siècle, ponctuées de dons plus modestes, comme celui de la bibliothèque du chapitre cathédral d'Annecy. Aujourd'hui la bibliothèque est riche de près de 60'000 références.

D'un point de vue thématique, la bibliothèque est le reflet de l'enseignement qui était dispensé au Grand Séminaire. Une part importante est ainsi accordée à la religion (16'000 documents) : bible, liturgie, sermons, morale, mandements des évêques, conciles, droit canon, apologétique, etc.

Cependant, les fonds profanes sont tout aussi bien représentés : histoire, géographie, héraldique (14'000 livres), littérature classique et latine (5'000), droit (3'500), sciences (1'500). Le fonds local (5'000 livres) réunit tout ce qui concerne la Savoie historique, en particulier son histoire religieuse.

Les livres font l'objet depuis plusieurs années d'un travail de catalogage, d'étude, de nettoyage et de conditionnement, afin d'en faciliter la consultation. Certains ont conservé des réclames, lettres, imprimés ou manuscrits de toutes sortes entre leurs pages. Ces ephemera sont recueillis et soigneusement conservés, témoignages inattendus de la vie des séminaristes.


Le Conservatoire d'Art et d'Histoire

(Hier)

Au début du XVIe siècle, la Réforme protestante entraîne l'Église catholique dans une crise violente. La ville de Genève se convertit officiellement en mai 1536. Les catholiques et leur clergé se réfugient alors en Savoie et le prince-évêque installe le diocèse à Annecy en 1556.

L'Église réagit en tentant de remédier aux abus et aux faiblesses qui l'ont conduite au bord du schisme lors du concile de Trente de 1545 à 1563. Une des injonctions qui en résultent vise à améliorer la formation des futurs prêtres. Par le décret Cum adulescentium aetas de 1563, chaque évêque est contraint de fonder un séminaire diocésain.

Le séminaire d'Annecy n'est édifié par le prince-évêque Jean d'Arenthon d'Alex qu'en 1688, après plusieurs années d'opposition locale et de réticences de la part des membres du clergé et des congrégations voisines. L'évêque engage une partie de ses rentes et bénéfices personnels auprès de l'institution. Auparavant, en 1675, il a constitué les fondements de la Bourse des Pauvres Clercs, destinée à aider les plus démunis à accéder aux enseignements du séminaire.

Son fonctionnement est brutalement mis à mal par l'entrée des troupes françaises en Savoie, en 1792. L'Assemblée des Allobroges est constituée et la loi révolutionnaire de Confiscation des biens de l'Église, abbayes, couvents et clergé régulier doit être appliquée à Annecy. En 1794, nombre d'établissements religieux sont alors transformés en casernes et hôpitaux militaires en attendant d'être vendus. Le Grand Séminaire lui-même abrite très certainement un hôpital militaire avant d'être cédé aux Hospices civils d'Annecy en 1804. Des aménagements sont organisés à cette occasion et le transfert des malades est ordonné en septembre 1807.


Un élève de quelques mois

De mars à septembre 1729, Jean-Jacques Rousseau est élève au séminaire.
Il y rencontre l'abbé qui deviendra un des modèles de son « vicaire savoyard » dans la célèbre "Profession de foi du Vicaire savoyard", livre IV de "L'Émile ou De l'éducation" publié en 1762.
Il raconte par ailleurs son expérience de séminariste dans les Confessions publiées en 1781.


illustration 4) Annecy - La très curieuse "Hostellerie de la Puya"
carte postale A. Gardet éditions, Annecy

En 1823, la Restauration Sarde [ndr : en 1815] lève la confiscation du bien. Le séminaire reprend ses activités jusqu'au rattachement de la Savoie à la France en 1860. Il remplit ensuite différentes fonctions dont celle d'ambulance militaire pendant la guerre de 1870. À la faveur des lois de séparation des Églises et de l'État en 1905, il est transformé en caserne militaire, puis, en 1921, en hôtel appelé La Curieuse Hostellerie de la Puya.

En 1923, un siècle après la première main levée du séquestre, la Bourse des Pauvres Clercs, propriétaire des bâtiments, récupère la jouissance de ses biens et organise le retour des séminaristes dès 1928. L'institution conserve ses activités jusqu'en 1970 où, touché par la crise des vocations et l'urgence de faire entreprendre d'importantes réparations, le diocèse est contraint de fermer le séminaire et de mettre l'immeuble, ses dépendances et ses terrains en vente.


Le Conservatoire d'Art et d'Histoire

(Aujourd'hui)

Lorsque le séminaire est mis en vente en 1972, le Conseil général de la Haute-Savoie entrevoit la perspective de réaliser dans un même temps et un même lieu plusieurs projets : « installer les archives, créer un lieu propice à la politique culturelle et sauvegarder un patrimoine menacé de destruction » à une époque d'intense développement immobilier à Annecy. Parallèlement, l'association Les Amis du vieil Annecy, les académies savantes et de nombreux habitants se mobilisent pour éviter la disparition du bâtiment et de sa bibliothèque. Ils contribuent à faire inscrire les façades et les toitures à l'inventaire supplémentaire des Monuments historiques, en juillet 1974.

L'acte de vente est signé fin 1973 pour en entrée en jouissance le 1er janvier 1976. Le Conseil général statue alors sur la future destination du nouveau Conservatoire d'Art et d'Histoire. Il décrète « la constitution à Salésienne » d'un ensemble autonome distinct des Archives départementales et comprenant les collections d'art, la bibliothèque de l'ancien Grand Séminaire et celle de l'académie Salésienne.

De 1977 à 1979, plusieurs programmes de travaux dirigés par l'architecte Paul Jacquet sont conduits pour restaurer et aménager le bâtiment central et construire un silo à archives.

De l'aile nord, destinée à accueillir les Archives départementales, ne sont conservés que les façades et toitures. En revanche, l'aile sud, partie la plus ancienne du bâtiment et qui abrite la bibliothèque et la chapelle, subit une réhabilitation plus légère qui conserve au mieux l'état d'origine.

La chapelle, ainsi que les salles du rez-de-chaussée et du premier étage, sont aménagées en salles d'exposition.


L'évolution architecturale du bâtiment

La construction d'origine se présente sous la forme d'un bâtiment à corps central flanqué de deux ailes. Une porte surmontée d'un fronton et ouvrant aujourd'hui sur une terrasse en pente en souligne l'axe de symétrie.
À la fin du XVIIIe siècle, le bâtiment est surélevé d'un étage et étendu en direction de l'ouest. Entre 1843 et 1859, une aile supplémentaire ferme ce prolongement. Un nouveau perron à colonnes est édifié vers 1870.


Dans les espaces verts, la végétation existante est conservée et enrichie ; des bancs, spécialement dessinés, sont disposés dans le parc replanté de nombreux arbres.

Au début des années 2000, les Archives départementales déménagent dans leur site actuel, avenue de la Plaine à Annecy. Leur départ entraîne une nouvelle phase de réaménagement et la fermeture des salles d'exposition.

Aujourd'hui, le site accueille les services culturels et les collections du Département, ainsi que plusieurs équipements culturels, dont le musée du film d'animation, une salle de projection cinématographique, ou encore une salle de musique dédiée aux répétitions de l'Orchestre des Pays de Savoie.

Le Conservatoire d'Art et d'Histoire est inauguré le 25 juillet 1980 par Bernard Pellarin, président du Conseil général de la Haute-Savoie, à l'occasion de la première exposition temporaire réunissant une centaine de gravures de la collection Paul Payot et des gouaches et aquarelles de Paul Jacquet.

Appendice 1

Extraits de cartes et plans

illustration 5) Le Séminaire sur la mappe Sarde, en rouge au centre
Fonds des mappes sardes de la Haute-Savoie (1728-1738) (extrait) ; Répertoire numérique par Bertrand Rey - sous la direction de Yves Kinossian, directeur des Archives départementales de la Haute-Savoie, © Archives départementales de la Haute-Savoie Annecy
illustration 6) Le séminaire dans sa forme définitive, aux alentours de 1885.
Plan général d'Annecy (extrait) - auteur inconnu, reproduction Pascal Lemaître © Région Rhône-Alpes, Inventaire général du patrimoine culturel, © Archives communales d'Annecy, immatriculation IVR82_20147401504NUCA
illustration 7) Évolution du bâtiment 1688 - le bâtiment d'origine en forme de C, fin 18e siècle - extension ouest + nouvel étage sur le bâtiment d'origine, entre 1843 et 1859 - construction aile nord-ouest et tour vers 1870 - construction du perron à colonnes.
capture d'écran OpenStreetMap, tracé Cédric Cuz

Appendice 2

Bientôt un musée des Beaux-Arts à Annecy ?

Afin de mettre en avant une large partie de ses 50'000 œuvres, le Conseil départemental de la Haute-Savoie va lancer, dès 2023, la création d'un musée des Beaux-Arts à Annecy. Il prendra place au Conservatoire d'art et d'histoire.

Lundi 12 décembre [ndr : 2022], lorsqu'il a voté son budget pour l'année 2023, le Conseil départemental de la Haute-Savoie a fait une annonce qui ravira les amoureux de la culture. Dès l'année prochaine, il va engager la création d'un musée départemental des Beaux-Arts. Son objectif sera de « mettre en valeur l'histoire et les singularités » du territoire. Myriam Lhuillier, vice-présidente en charge des affaires culturelles et du patrimoine, lève le voile sur ce projet.

1. Où sera-t-il installé ?

« Au Conservatoire d'art et d'histoire, avenue de Trésum », répond l'élue. C'est-à-dire dans les locaux actuels du Département, où se trouve déjà le musée du Film d'animation. « C'est un endroit également occupé par Citia, centre qui est appelé à déménager au haras dans les années à venir. Quand ce sera fait, cela libérera de l'espace », note Myriam Lhuillier. Les agents du service "culture" du Département, qui travaillent sur place, seront eux aussi déplacés (ils grimperont d'un étage) pour les besoins du musée.
« Grâce à tout cela, et quelques travaux d'aménagements, de modernisation et d'accessibilité, nous bénéficierons d'une superbe surface, sur plusieurs niveaux, pour exposer de nombreuses œuvres », prédit la conseillère départementale.

2. Quelles œuvres seront exposées ?

Actuellement, le fonds départemental comprend environ 50'000 pièces, dont la plupart sont remisées au grenier. Une fois le musée créé, il sera possible d'en exposer davantage. Combien exactement ? « C'est impossible à dire pour le moment mais autant qu'on pourra », souffle Myriam Lhuillier.
Cette dernière dévoile toutefois que la collection Paul Payot devrait largement être mise en avant. « On aimerait aussi, pour équilibrer ses photos de montagne, acquérir des photos plus lacustres », espère la vice-présidente, qui rappelle que « régulièrement », en particulier grâce aux opérations de fouilles, le trésor départemental s'enrichit de nouvelles œuvres dans les domaines des Beaux-Arts, de l'ethnographie et de l'archéologie.

3. Quand doit-il ouvrir ?

« Dès le début de l'année prochaine, nous allons lancer les premières études. La suite, nous ne la connaissons pas », reconnaît l'Annécienne. Et d'imaginer, tout de même, une inauguration avant la fin du mandat, soit 2027. Le budget de cette opération, lui non plus, n'est pas encore déterminé avec précision.


Transcription d'après photos : Cédric Cuz


Contributions : --


Publication initiale : 28 février 2023


Mises à jour : 01 mars 2023 (ajout des encadrés "Un élève de quelques mois" et "L'évolution architecturale du bâtiment", ajout transcription article sur transformation future en musée des Beaux-arts), 05 mars 2023 (ajout appendice 1 et structuration en appendice de la transformation future), 03 mars 2024 (charte éditoriale)

permalien : //www.killeak.net/?section=17&view=2582

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mot(s) clé(s) : haute-savoie hier et aujourd'hui histoire

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